Bon anniversaire!!
Bien obligée, aujourd'hui de célébrer le plus important anniversaire de France. Vous en entendrez sans doute plus parler que de la commémoration de la capitulation du 8 mai, dans deux jours. Après tout, nous célébrons la défaite allemande tous les ans, on peut bien se permettre une petite entorse à la règle, pour se consacrer à un sujet bien plus passionnant. La seule chose VRAIMENT intéressante de ce fameux 8 mai, c'est qu'il est chômé.
Et, c'est bien connu, les Français ADORENT les jours fériés.
Donc, disais-je, c'est avec émotion que je me joins au chœur des journalistes, de l'UMP, du PS, des syndicats et de la famille proche pour souhaiter un très heureux anniversaire à notre Président.

On lui doit bien cet hommage, au vu de la situation délicate dans laquelle il ne cesse de s'enfoncer depuis plusieurs mois.

Sarko, la rupture tranquille. Un slogan de choc, des idées inédites, une classe d'enfer, une épouse un peu rigide mais de beaux enfants blonds. Le futur Reagan sait tout faire : parler au petit peuple et fréquenter des yachts de luxe ; ferrer la droite ambitieuse, et multiplier les courbettes à la gauche caviar ; parler de manière relativement simple, tout en maniant avec habilité la technique cartésienne du cogito ergo sum : moi, je ; moi, je ; moi, je. (très important pour ne pas oublier que l'on est un sujet pensant à part entière !)
Justice lui est donc rendue. Le 6 mai 2007, Monsieur Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa devient le Cinquième Président de la Vème République. Ce double cinq n'est certes pas dû au hasard. Les douze derniers mois nous ont bien appris que Monsieur le Chef d'Etat n'était pas homme à se laisser submerger par le destin. Au contraire, le destin, il l'attrape et le tourne systématiquement à son avantage ;
Le Président du plus beau Pays du monde ; de la plus grandiose des Nations ; d'un Etat capable d'influencer l'agenda international et de résoudre les conflits les plus difficiles. Tout ceci grâce à la volonté d'un homme qui, chaque matin, entre une tasse de thé Mariage Frères pour son côté « snobish British » et un rasage « Men Power » (pour les hommes, les vrais), se répète inlassablement : je suis président des Français ; les Français ont besoin de moi. Ainsi donc, en l'espace de quelques mois, triomphe sur la scène diplomatique européenne, triomphe en Libye, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Afghanistan, au Maghreb, en Égypte, en Jordanie et, bien sûr, en Chine.

La France est partout. Il suffit qu'un sujet brûlant soit évoqué sur France Info, et Sarko enfourche son cheval blanc (plus exactement s'installe confortablement dans son jet privé, avec I-phone, I-pod, et E-book, en hommage à Bushito) pour aller proposer son aide aux pays en détresse. Pour peu qu'il y ait du soleil, abondance de photographes et qu'on le complimente sur la manière de porter son polo Ralph Lauren, Sarko peut même séjourner un peu plus longtemps que prévu. Les problèmes internationaux sont là pour faire oublier les problèmes franco-français, et même euro-français.
Il y a bien eu quelques couacs durant cette première année de mandat. Mais Nico s'est excusé de manière sincère lors de sa longue allocution télévisée. Répétant, avec des yeux de cocker triste, qu'il avait fait des erreurs et qu'il le reconnaissait. Comment ne pas lui donner notre mea culpa illico ? Il reconnaît s'être trompé. Si Paris vaut bien une messe, Sarko vaut bien un pardon national.
Son attitude n'est pas toujours celle d'un président sérieux, et repentant. Vol de stylo en Roumanie (je peux vous assurer que les citoyens roumains sont encore furieux !), envoi de textos pendant des réunions officielles, défilé à Disneyland, vie privée étalée à la une de tous les journaux populaires, salaire augmenté de 172%, vulgarité, fautes de français, virage à droite d'un gouvernement aux conflits internes de plus en plus menaçants.
Mais Sarko, c'est avant tout une volonté de fer « je mettrai en œuvre toutes mes réformes, contrairement à mes prédécesseurs », une santé d'acier (un jour en Tunisie, le lendemain à Monaco), des euros pleins les yeux (contrats d'Airbus, de centrales nucléaires, d'avions militaires, de voitures, de trains). Et bientôt la présidence de l'UE qu'il souhaite utiliser pour une ouverture au Sud et un accroissement du prestige de la France (accroissement ou renaissance ?)
C'est bien simple, depuis que Nico est au pouvoir, j'ai arrêté mes anti-dépresseurs. La France est menacée de sanctions par la Commission européenne pour un déficit record en 2009 ? Réponse de Sarko : ça va s'arranger ; le boycott des magasins Carrefour en Chine ? Réponse de Sarko (après avoir dit et redit qu'il songeait sérieusement à ne pas se rendre à la cérémonie d'ouverture des JO) : Amis Chinois, faites confiance à la France ; elle ne vous veut que du bien. Nous vous soutiendrons jusqu'au bout ;
On observe cependant une petite lassitude, côté citoyens, face aux multiples promesses non-tenues. Retraites, pouvoir d'achat, baisse du temps de travail, réformes du système public. Dossiers négligés ou carrément ignorés ; problèmes liés à l'immigration, au chômage, l'éducation, la santé ; dans le fond, nous n'avons pas beaucoup avancé.
Ce qui explique sans doute que Nico soit passé de + de 60% d'opinions favorables en septembre à 30 et des poussières actuellement. Une importante chute pour le Roi de la Flambe, ou Monsieur Bling-Bling, comme on aime à l'appeler, en métropole. Mais il refuse de perdre espoir. Encore quatre ans de mandat, il y croit !

Ayant la chance de pouvoir parler avec de nombreux Erasmus ou étudiants étrangers, j'ai voulu savoir quelle image avait la France en-dehors de ses frontières, depuis l'arrivée de Nico. Je n'ai pas été déçue
Point de vue américain : un beau pays en voie de disparition
Point de vue allemand : Dommage que vous ayez Sarkozy, vous auriez pu vous en sortir, sinon
Point de vue japonais : j'adooooooooooore Paris (Sarko ? C'est qui ?)
Point de vue roumain : chez nous, on l'appelle « Sexkosy », parce qu'on parle plus de son look et de ses histoires de cœur que de sa compétence au niveau politique
Point de vue italien : Sarkozy ? Ah, pas maintenant, on doit d'abord gérer le retour de Berlusfacho au pouvoir !
Point de vue argentin : vous pourriez quand même renforcer l'alliance entre Paris et l'Amérique latine. Il n'y en a que pour le Nord de la Méditerranée.
Point de vue belge : nos frites sont les meilleures ! (merci d'être venus !)
La France continue donc de diviser les opinions, et de passionner le monde entier. Par pour de bonnes raisons, certes. Mais, l'essentiel n'est-il pas que l'on parle de nous ?
En tous les cas, pour nous avoir fait vivre de palpitants rebondissements politiques, rire aussi fort que le jour où Paul Deschanel est tombé du train en pyjama ; après avoir provoqué tour à tour émotion (mariage avec la sublime Carla), admiration (Traité simplifié, et pour une fois, je suis sérieuse), colère ( réforme judiciaire), ou carrément indignation (Kadhafi bronzant sur la pelouse de l'Elysée, test ADN pour des visas de plus de trois mois) ; Sarko mérite bien quelques bouteilles de Dom Pérignon.

Alors un très heureux anniversaire !!! (et accessoirement un grand merci à sciences po qui nous oblige à partir un an à l'étranger. Perchée dans mon université finlandaise, un peu déconnectée de la réalité française, je grincerai sans doute moins des dents face aux catastrophes à venir)
Par anneso unmondepresquerose, Mardi 6 Mai 2008 à 09:12 GMT+2 dans La politique made in France (article, RSS)




