Conformisme esthétique: si t'es androgyne, t'es "in"; si tu l'es pas, alors cache-toi!
La politique, c'est du très sérieux, comme sujet. Pas question de dire des âneries. En Chine, en Birmanie, au Pakistan, en Iran, aux USA, et même en France, une parole de trop peut coûter très cher
La politique, ce sont des mots minutieusement pesés. D'où l'importance d'être bon en rhétorique et en dissertations. Parfois, une erreur de synonyme peut nous éjecter d'un poste d'ambassadeur à Singapour pour un honorable poste administratif aux îles Caïman (si tant est qu'il y ait une administration là-bas).
Bref, aujourd'hui, pas de politique. Aujourd'hui, on va parler de moi. Et pis des femmes en général en fait. Parce qu'on va pas me faire croire que je sois la seule dans ce cas.
Aujourd'hui, je suis en guerre. Contre moi-même, d'abord. Et contre notre société, ensuite.
Non pas que les modèles de Courbet m'attirent particulièrement. Il y a des limites. Mais bon, au XIXème, personne ne fantasmait sur la silhouette de Cosette.
Maintenant, c'est fini. Si t'as le look occidental à la mode, pas de fesses, pas de cuisses, pas de ventre et pas de hanches ; si t'as la frangette devant et des lunettes D&G sur le nez ; si tu te balades en slim et ballerines ; si tu fréquentes toutes les boîtes new-yorkaises ou parisiennes branchées ; alors ce monde est fait pour toi.
Si manque de chance, tu as hérité de sang méditerranéen ou des formes généreuses des femmes de ta famille,, ta vie est marquée au fer rouge : les rondeurs, c'est moche. Mets-toi au régime et restes-y !

Dans le vrai monde, c'est autre chose. Les formes, c'est bien, mais pas sur moi. Les Méditerranéennes, les Portoricaines, les Mexicaines, c'est super si ça garde la silhouette d'Eva Longoria. Après, faut pas charrier, non plus ; si ton tour de cuisse dépasse 50 cm, et que tu n'es toujours pas mariée, mets-toi immédiatement au footing ! Ou tu resteras célib.
Quand je feuillette un magazine de mode, j'essaie de me répéter : conformisme, conformisme. Les mannequins sont tous interchangeables. Ces pauvres filles sur papier glacé n'ont même pas le droit de sourire (si tant est qu'elles aient encore suffisamment de graisse pour pouvoir bouger leurs zygomatiques). Oui, elles sont tristes ; et presque mortes.
Il n'empêche qu'on ne voit qu'elles. Et forcément, ça finit par nous atteindre.

Moi, les régimes soupe au chou et fromage 0%, je ne les ai jamais faits. J'ai préféré la voie plus radicale du « je me laisse crever de faim, on verra où ça me mène ». Et j'ai fini par leur ressembler, à ces tops models, qui sont la raison de vivre des Lagerfeld et autres « détesteurs » de femmes. Pendant trois ans, j'ai limite dépassé les canons de beauté actuels. Bon, certes, je ne respirais pas la santé, j'avais quelques problèmes cardiaques et plus une once de féminité. Mais j'étais in, non ?
+11 kilos plus tard, cette merveilleuse époque est finie. Je remets du 36, je ris à tout bout de champ, et je mets du nutella sur mes tartines du matin, de temps à autre.
Pondéralement parlant, je suis pile au minimum de la normalité ; 18 d'IMC, qu'ils ont dit, les médecins. En dessous, t'es trop maigre. Au-dessus, ben, t'es une femme, quoi.
Seulement voilà, j'ai beau avoir 50% de sang France-De-l'Ouest, le reste m'a été généreusement légué par des ancêtres italiens et espagnols. Alors, forcément, le poids, il veut plus rien dire. C'est la répartition qui compte. Et quand t'as les bras de Mickey, la poitrine de Charlotte Gainsbourg, l'intelligence de Sartre (et la modestie sarkozyenne qui va avec... haha, blague à part, ceci est un Hors-sujet), le ventre de n'importe quelle fille de pub fitness, mais les fesses et les hanches de Monica Bellucci, forcément, ça va pas du tout. Et comme tout ceci est pour une grande partie, dû à l'hérédité, impossible de s'en débarrasser. Sauf si l'envie t'en prend de retourner au stade de l'anorexique-sur-son-lit-de-mort.
Hier, j'étais un haricot dépressif ; aujourd'hui, je suis une poire épanouie.
Mais une poire quand même. Et croyez-moi si vous voulez, mais mon petit esprit démoniaque regrette un peu sa période de légume.
La balance ne veut plus de moi. Mon mètre ne m'aime pas. Et mes jeans, sans toutefois tomber dans l'excès, me moulent plus que je ne le souhaiterais. Il devient difficile de me regarder dans un miroir en pied et de me dire : c'est moi la plus canon !
Parce que la plus canon, elle a mon poids mais pas mes hanches. Mon alimentation mais pas mes cuisses ; ma passion du vélo et de la marche mais pas mes fesses.
Dans les pays du sud, j'aurais sans doute du succès. Ici, j'ai plutôt envie de me planquer derrière deux Parisiennes filiformes. Envie de laisser mes cheveux détachés pour attirer les regards sur mes boucles brunes et mon sourire plutôt que sur mes jambes ; plutôt talons que chaussures plates (même si les talons restent modestes ; cf mon article « talons aiguille ») ; Plutôt robe de plage que bikini.
Mes peurs récurrentes ?
- - manger une barre de chocolat poulain et entendre quelqu'un me dire: «tu devrais faire attention tu sais, 20 secondes dans la bouche, 20 ans sur les chances»
- - «c'est qui la fille à côté de Lola?»; «la petite brune un peu ronde? C'est Anne-So, pourquoi?»
- - «tu fais 45 kilos??? Ah, je t'en aurais donné 5 de plus, à première vue...»

Et pis, aujourd'hui, j'ai envie de taper sur la société, et non pas sur le beurre ramolli qui me tient lieu de cerveau.
Fuck you, Elle, pour toutes les images de mode que tu nous sors en permanence et qui finissent par me convaincre que je suis un bonhomme Michelin. Joli bonhomme, mais bonhomme quand même.
Fuck you, le Parlement français, pour voter des lois stupides contre les pro-ana, au lieu de t'en prendre aux vrais coupables ; qui ne sont pas ces filles tellement malades qu'elles en sont inconscientes, mais ces anti-femmes (YSL, JPG, Dior..) qui composent la fine fleur de la mode et seraient même près à nous couper bras et jambes pour peu que ça fasse « briller la marchandise »
Fuck you Zermati, Dukan, Scarsdale et vos poteaux, qui ne déréglez nos pauvres métabolismes par des régimes grotesques, que dans le but de vous remplir les poches
Fuck you Closer, Gala, Public, !Hola!, Ok! Et j'en passe ; vous qui traquez sans pitié les moindres capitons des popotins célèbres à grands renforts de commentaires scandalisés, histoire de nous rappeler la triste réalité de nos propres adipocytes ; en nous faisant comprendre implicitement deux choses : (1) on ne s'en débarrassera jamais. (2) : on n'est pas riches, par conséquent, notre apparence est encore plus importante
Fuck you la « food industry », qui nous drogue à l'huile hydrogénée, graisses saturées, sucres cachés, sans pitié pour notre ligne qu'on tente désespérément de garder aussi passable que possible
Fuck you l'hypocrisie européenne : on vante à la télé les pubs pour snikers, coca, Père Dodu, tout en faisant charitablement défiler un petit message à notre attention : attention, mangez au moins 5 fruits et légumes par jour ; attention, ne mangez ni trop gras, ni trop salé, ni trop sucré »... Merci !! Sans vous, j'étais fichue ! Mais, et les produits que vous faites défiler à longueur de journée, entre deux séries américaines, ces produits apétissants, tentants, hard discount, même ; ne sont-ce pas eux que nous devons bannir de notre alimentation ? Pourquoi vanter les mérites de produits que nous n'avons pas le droit de consommer ?

C'est ça, la société, aujourd'hui ? Une perversion telle qu'elle nous fait baver d'envie devant des tas de « forbidden » ?
Une société qui condamne l'obésité massive et laisse s'ouvrir à chaque coin de rue des KFC, Mac Do, les graisses sous-vide en libre service dans les supermarchés, et les fruits et légumes à 50euros le kilos pour nous pousser à les acheter en plats tout faits, plus économiques, mais plus trafiqués ?
Une société qui essaie de nous convaincre que si tu fais pas du 34, tu mérites pas de vivre ?
Une société qui blâme ces mannequins trop maigres, ces anorexiques de plus en plus nombreuses, tout en encourageant les filles un peu trop « silhouette méditerranéenne », ou un peu trop « je suis alsacienne, j'aime la bière et ça se voit » à se débarrasser de leurs courbes pour vivre heureuses, au lieu de leur apprendre à les assumer sans culpabiliser ?
Une société qui nous encourage à faire du sport, avec des abonnements dans des clubs de fitness à 800euros/an, des piscines surchargées, et un pouvoir d'achat en chute libre ?
J'apprendrai à vivre avec ma nouvelle silhouette. A ne pas pleurer si la taille 38 de chez Pimkie ne me va pas, vu qu'en réalité, c'est du 32. A ne pas me mettre perpétuellement au régime pour ressembler à Kate Moss, et ruiner tous mes efforts en fin de semaine sur des biscuits apéro. A ne pas systématiquement me comparer à toutes les femmes qui passent dans la rue. Et au pire, si c'est vraiment trop dur, à essayer de détourner les regards de mon corps en adoptant le look tailleur ample, baggies et utiliser mon humour et ma bonne humeur pour me rendre intéressante.
Parce que bon, le but, c'est quand même d'utiliser les 70 années qui nous sont imparties (un peu plus, un peu moins, ça dépend de votre âge, du nombre de cigarettes que vous fumez, et de graisses que vous consommez) pour réaliser quelque chose. Pas de s'aigrir face à l'éternel pot de fromage blanc 0%.
Alors, si tu n'as pas suffisamment de force pour arriver à vivre sans te soucier de ce que pensent les autres, tu adoptes la formule triste mais universelle : tu regardes les plus mal loties pour reprendre confiance en toi. C'est facile, ça fait du bien au moral, et ça n'embête personne. Evite toutefois de te glisser dans sa peau. Parce qu'elle, qui te regarde, elle souffre, et tu le sais.
Par anneso unmondepresquerose, Jeudi 8 Mai 2008 à 16:03 GMT+2 dans mode et stress (article, RSS)




