Montre-moi ta face que je te book
Ah, oui, je sais, je me fais désirer en ce moment. Mais, que voulez-vous, période d’exams oblige. A Sciences popo, ils ne font pas les choses à moitié, les examens, ils les étalent sur trois mois. Avec des semaines à ne rien faire, et des semaines de plus de 70h (sans prime, ni rien, hein ?)
Donc, dernier virage avant les vacances (si tout se passe bien), et je pourrai tenir mon petit monde de manière plus régulière.
Alors, merci pour vos com :
Lisanka, j’aimerais que tu me parles du look des filles de l’est, je ne vois pas ce qu’elles ont de particulier (enfin, si je vois très bien, mais à mon avis, pas dans le même sens que toi) ; et bien sûr que je veux connaître tes tribulations chez Berthillon !!
Elodie : et les Allemandes, elles le vivent comment ???
Bref, une fois n’est pas coutume, au lieu de m’intéresser aux drames de l’actualité, je fais plutôt un petit détour par la mode
J’ai eu mon premier téléphone portable pour mon brevet ; mon ordinateur portable pour mon bac ; j’attends le vélo avec impatience (je suis une écolo, donc pas de voiture, ni de permis… enfin, c’est surtout parce que je n’en ai pas besoin) ;
Je maîtrise assez bien la technologie du net ; je connais vaguement les « célébrités » en vogue, style Christophe Maé et autres perles de la chanson française ; sans être une adepte de la mode « minette/pétasse », je fais attention à la manière dont je m’habille, histoire de faire Parisienne sympa, mais Parisienne quand même ; j’ai msn ; un appareil photo numérique ; un i-pod ;
Bref, je suis une vraie « d’jeuns' » du nouveau millénaire ;
Par contre, il y a un truc pour lequel j’étais vraiment, mais vraiment totalement out ; et qui fait fureur depuis pas mal de temps. Oui, bien sûr, toi, qui es au courant de tout se qui se passe sur Internet, tu as forcément entendu parler de Facebook ; mieux, tu es un/une adepte de ce fabuleux site qui t’a permis de reprendre contact avec ton/ta fiancé(e) de maternelle (peut-être même que tu as fini par l’épouser, qui sait ?)

Ben, pas moi. Facebook, je boycottais. Pour d’excellentes raisons, bien sûr. Mais voilà, il aura suffi d’une overdose de droit européen, une insomnie et un abus de sorbet à la framboise pour que je me retrouve prise dans l’engrenage.
Et encore une fois, je ne peux qu’être éblouie face à l’ingéniosité humaineSi tu es comme mon père, ou Robinson Crucru, forcément, Facebook, ça ne t’évoque pas grand-chose.
Voilà le principe : tu donnes ton vrai nom, ton prénom, ta date de naissance, tes études actuelles (si tu ne fais pas d'études, tu évites de le mentionner. L'essentiel, c'est qu'on pense que tu as réussi); et comme c’est avant tout une invention américaine, ton penchant politique et ta religion ; histoire que le FBI et la CIA puissent savoir si tu entretiens des relations avec Ben Laden ou Ehoud Olmert.
Félicitations ! Tu es désormais entièrement sous contrôle de Big Brother et ses acolytes. Bien sûr, si tu hésitais à t’inscrire dans la seule crainte d’être fiché(e), chasse cette mauvaise pensée. Depuis ta première connexion sur Google, tes références sont classées dans le deuxième tiroir du premier étage de la Maison Blanche.
Mais bon, avant de faire ressortir mon côté anti-capitaliste, anti-société-consumériste etc. etc. Je te fais découvrir les merveilles de Facebook.

Déjà, je trouve fabuleux qu’on puisse taper n’importe quel nom de camarade sur le site, et découvrir que Valentin Cachottier, que tu n’as pas revu depuis 18 ans, est actuellement en dernière année de master d’études sociologiques sur le comportement des pandas en Ouganda.
J’ai essayé tous les noms qui me venaient à l’esprit, et je n’ai pris Facebook en défaut qu’une fois : en même temps, la personne en question a toujours refusé de se servir d’un ordinateur.
Voilà, avec tes souvenirs, tes photos d’école, et ton carnet d’adresses, en l’espace de quelques jours, tu te retrouves avec 350 friends ; des personnes que tu as ajoutées ; et des personnes qui t’ont ajouté(e) ; parce que c’est mieux que le téléphone arabe ce truc-là. Il suffit que tu demandes à Théodore de bien vouloir être ton ami pour que tous ses contacts à lui (qui te connaissaient, hein ? pas les étrangers), apprennent aussitôt ton existence et te supplient de les accepter dans ton nouveau petit cercle social.

En gros, les sites « copains d’avant » et les réunions des anciennes promotions sont sérieusement menacés de disparition.
Mais après vient le plus intéressant. Dans notre monde du « je veux voir et être vu », où il est très important de montrer qu’on a des tas de relations, qu’on fait la fête tous les soirs et qu’on a suffisamment de sous pour se payer des week-end à Marrakech, les photos sont PRIMORDIALES.
Donc, Facebook, c’est avant tout THE site pour étaler ta vie en couleur, et même en noir et blanc si tu as la fibre artistique (ou si tu trouves que ça fait moins ressortir tes dents proéminentes) ; des photos humoristiques pour montrer ta « coolitude » (dans un hamac à Saint Trop’, avec une tequila, des lunettes D&G, et un livre de Cioran à la main, pour faire intellectuel) ; des photos de soirées déjantées (les rallyes, les nuits de folie en boîte, avec les petites robes trop sexy, ou aux bras des plus belles blondes de la planète) ; des copains et des copines dans tous les sens (Candice et moi à Saint-Nazaire ; Ludo et moi à Saint-Brieux ) ; et toute ta vie amoureuse
La seule règle à respecter, c’est l’esthétisme : beauté, sourire Colgate, coupe de champagne à la main ; tu dois toujours avoir l’air de t’amuser, de vivre ta vie à 100%. Sinon, Facebook, c’est pas pour toi.
Déjà, ça tombe assez mal, parce que j’ai toujours eu horreur qu’on me prenne en photo ; je suis plutôt cinéma à deux que soirées disco à 50 ; garder une petite dizaine de très proches amis du passé que 250 friends à qui je n’ai rien à dire.
Parce que là où ça pêche un peu, c’est cette histoire de « friends ». Ok, t’es content, tu as 500 contacts sur ta page perso. Tu as retrouvé Bérénice du CP et ton meilleur ami de seconde. Mais ces gens-là, tu ne leur parleras jamais. Tu sais juste qu’ils existent. Qu’ils ont une vie plus passionnante que la tienne. Et que tu ne fais pas partie de leurs soirées déjantées.
Ou alors, tu es sur toutes les photos, et ici, je m’incline.
Enfin, ce n’est pas mon cas, et je suis donc assez perplexe de voir tous ces gens à qui je ne parle plus depuis au moins deux ans, qui veulent devenir mes friends. Et qui ne m’écrivent pas la moindre ligne dans le style : « anne-so ! Toi sur Facebook, c’est super ! ». Non, je suis juste un contact supplémentaire, qui pourrait éventuellement servir dans les décennies à venir.
Maintenant, c’est rigolo de remettre la main sur des anciens copains qui avaient perdu leur numéro de portable, qui ont émigré vers les States, ou qui s’apprêtent à intégrer Polytech.
Cependant, je n’arrive pas à m’enlever la désagréable sensation d’être mise sous surveillance. Peut-être est-ce mon anti-américanisme légendaire qui ressort, mais à m’imaginer tous ces échanges de fichiers de noms entre businessmen, j’ai l’impression de me faire exploiter. Non seulement je subis leurs publicités au quotidien, mais en plus je les alimente sans recevoir aucune compensation. Si ce n’est le plaisir de voir ma boîte mails inondée de messages « Machin truc vous a ajoutée à ses amis ».

Conclusion : Je passe sans doute à côté de l’invention du siècle, mais Facebook, ce sera sans moi. Je réserve mon temps à mes écrits revendicatifs, et ma vie en couleur à mes albums photos et mes VRAIS amis. A moins, bien sûr, que le prince Harry ne me rajoute dans ses Friends.
Par anneso unmondepresquerose, Samedi 17 Mai 2008 à 17:02 GMT+2 dans Vivre au XXIème siècle (article, RSS)
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