Le bon Français, la grève et l'Etat truand
Dans la vie, il y a deux catégories de chanceux : les étudiants, et les adeptes de 1864.
Les étudiants sont souvent considérés comme l’ennemi numéro un de la société. Ils commencent l’année en octobre, la finissent en mai, ils boivent, font du bruit, vomissent devant les portes, sont souvent sans le sou, et vivent donc au crochet de l’Etat (CROUS) voire de l’UE (bourses Erasmus). Tout ceci pour pondre une thèse grandiloquente sur l’art de manger des saucisses dans la littérature du XVIème siècle. Le gouvernement a pris de sérieuses mesures pour éradiquer cette espèce gênante, et lentement mais sûrement, la France se vide de ses ingénieurs et têtes pensantes nécessaires à la construction du futur de cette classe dangereuse.
Mais moi, ils ne m’ont pas encore eue ! C’est donc avec délectation que je vous annonce le début de mes vacances ; oui vous, qui êtes en train de vous tuer à la tâche pour payer mes congés, payer les profs qui corrigent actuellement mes partiels et financer les caisses de l’Etat pour m’envoyer faire du ski de fond en Finlande pendant toute une année ( explications à venir prochainement)
Sans rancune, mon ami(e). D’ici une poignée d’années, c’est moi qui me chargerai de ta pension alimentaire.
Une petite minute : si tu me lis, c’est que tu es chez toi, donc que tu ne travailles pas. Tu n’as donc rien appris de la sacro-sainte année de 1864, que les Français ont eu temps de mal à voir naître ? Le temps libre n’existe pas en France (à part quand on travaille dans la Fonction publique territoriale) ; chaque minute de ta vie doit être consacrée au travail ou aux revendications sociales.
C’est d’ailleurs le dernier volet qui prime en ce moment. Et puisque tu ne te sens visiblement pas concerné(e) par l’appartenance à la force vive de la Nation, laisse-moi t’expliquer pourquoi la raison de vivre des Français réside dans le Second Empire et non pas dans Mai 68

L’Histoire, en général, est une matière qui passionne tout le monde, mais je sais aussi que l’aspect « économique et social » est un bon dérivatif au Prozac. Donc, je vais tenter de la faire short et ludique
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Le XIXème, c’est le siècle de la cata. Les patrons ont compris les atouts du capitalisme (doctrine qui consiste à entasser un maximum de biens, même ceux qui ne nous appartiennent pas, pour les placer en bourse et gagner encore plus de sous), et exploitent à fond machines et ouvriers pour accroître leurs bénéfices. Evidemment, ça finit par exploser ; pas les machines, hein ? C’est pas du « Made in China », à cette époque, mais de l’occidental solide !
Non, ce sont les ouvriers qui se rebellent. Ils réclament plus de sous, moins de travail, et le droit de réclamation. Globalement les mêmes revendications qu’aujourd’hui (qui a dit que la France était conservatrice ?)
Je passes les détails des protestations, révoltes, oppressions (parce qu’à l’époque, le Code pénal et la loi Le Chapelier interdisent à tout être humain de critiquer le mode de fonctionnement de la société et du monde du travail). A tel point que les bourgeois prennent peur, et entreprennent de transformer les ouvriers en petits enfants, qu’ils nourrissent, logent et soignent gratuitement.
Heureusement pour eux, Napoléon le Troisième met fin à ce joyeux délire en proclamant le 25 mai 1864 le droit à hurler dans la rue, en défilant en bandes devant la Mairie ou en refusant d’aller travailler. Vichy supprime brièvement ce droit ; qui est restauré en 1946, pour ne plus jamais être remis en cause.
Voilà donc notre ouvrier avec son droit de grève. Et puis, 100 ans plus tard, voilà notre fonctionnaire avec son droit de grève. Enfin, notre Français, en fait. Parce qu’on parle beaucoup de la paresse des fonctionnaires, mais le privé sait s’y mettre aussi.
Je pense que la grève, en France, c’est un peu comme les tartines du matin : si on n’en a pas au petit déjeuner, c’est signe que la journée sera mauvaise.
Dieu soit loué, en ce moment, les petits déjeuners sont des instants de fête permanents.
Je trouve ça curieux, d’ailleurs, qu’aucun journal n’ait encore recensé le nombre de manifestations ayant eu lieu en France depuis le mois de septembre. Je pense très honnêtement que nous battons des records historiques. J’irais même jusqu’à affirmer que la France est championne du monde de la manifestation (il faut bien qu’elle soit championne quelque part)
Pourquoi ne pas en parler ? C’est pas bien de manifester ? C’est une manière de s’exprimer, non ? De revendiquer notre liberté d’expression. De faire savoir à Sarko et ses poteaux qu’on désapprouve leurs méthodes.
Ou alors, on évite de publier les chiffres pour ne pas devenir la risée de nos amis européens. Non seulement notre dette publique fait de la France l’une des plus mauvaises élèves de l’OCDE, mais en plus notre croissance stagne et notre pouvoir d’achat ne suit pas l’inflation. Des raisons, donc de nous mettre au boulot illico !
Et puis, flûte quoi ! C’est normal de manifester, quand on veut nous faire travailler une année supplémentaire !! Une année, c’est énorme ! Bon, d’accord, on vit plus vieux, on ne peut plus financer les retraites, etc. Mais une année, c’est une année. Surtout que la SNCF, jamais dernière pour manifester, a des conditions de travail extrêmement difficiles, avec fort peu d’avantages ;
Allez, je ne peux pas résister à vous faire partager une partie de ma lecture :
le 22 mai, grève :
- des transports : SNCF, RATP,
- transports aériens : Air France
- dans les ports (mais ça fait déjà plusieurs jours, alors ça compte moins)
- de l’Education nationale
- La Poste
- France Télécom
- Certains musées
Moi, je n’ai rien contre les fonctionnaires. Bien au contraire, je soutiens de tout mon cœur les enseignants ; la suppression des profs pour réduire la dette publique est sans doute l’une des réformes les plus stupides envisagées par le gouvernement. Au lieu d’épurer les rangs de l’appareil administratif central (une sorte de vieux machin poussiéreux qui entasse les uns sur les autres les grades de haut fonctionnaire à chaque présidence : les Présidents et autres Premiers ministres créent des postes « à ne rien faire » pour remercier leurs alliés, mais leurs successeurs oublient de les supprimer.)

Qui est à blâmer ? Ces Français qui manifestent pour une misérable année de cotisation supplémentaire alors qu’ils savent très bien que de cette année dépendra leur retraite, ou la retraite de leurs enfants (mais peut-être qu’ils s’en fichent) ?
Ou le gouvernement qui fait la sourde oreille et qui n’a pas trouvé de meilleure solution que d’augmenter la colère des fonctionnaires en annonçant des réformes contredisant les manifestations ; pour ne pas citer Sarko, qui, le regard indulgent, empli de compassion, déclare soutenir les revendications de ses petits sujets en matière de suppression de postes, mais veut aussi imposer le service minimum dans les écoles. Avec quels profs ??? Puisqu’ils seront de moins en moins nombreux ?
Et c’est là, mesdames et messieurs, que votre servante apporte de l’eau à votre moulin : le service minimum, ce n’est pas en temps de grève. C’est tout simplement la nouvelle manière d’appeler le futur enseignement scolaire. Plus de profs, donc une formation et un encadrement scolaires minimes. CQFD.
Allez, tout n’est pas négatif dans cette prolifération de grèves et de réformes sans queue ni tête : pas de travail, pas de voiture ; pas de voiture, pas de pollution. Et the winner is : le Grenelle de l’environnement ; A toi de jouer Borloo !
Par anneso unmondepresquerose, Mercredi 21 Mai 2008 à 00:20 GMT+2 dans La politique made in France (article, RSS)




