Le travail, c'est la santé, rien faire c'est la conserver... Mais pas chez nous
Aujourd’hui, j’ai la tête pleine de projets. Un boulot intéressant dans un milieu plus relax que café/crise cardiaque, de la verdure partout ; des enfants qui grandiraient dans des structures scolaires de taille convenable, avec un enseignement des langues tel qu’il se pratique dans la majeure partie des pays européens ; et si une petite entorse fait son apparition après un match de rugby mouvementé, direction l’hôpital, qui accueille tous les citoyens, quel que soit leur milieu, grâce à un système de sécu optimal.
Les plus belles perspectives dans le meilleur pays du monde. Le plus dur sera de trouver un mari ; parce que j’aime la jovialité et la chaleur, et les Finlandais ne sont pas célèbres pour ça ;
Là, je vois ton front se plisser. Pourquoi cette fille si patriote et si amoureuse de son pays est-elle en train d’évoquer la Finlande ?

Ah, parce que tu pensais que je parlais de la France ? Sans rire, quand je te parle d’une compétitivité inégalée en Europe en matière de recherche et développement, le meilleur système éducatif au monde, une protection sociale presque au top de sa performance, tu imagines vraiment que je dresse le portrait de mon pays dans 40 ans ?
Un peu de sérieux que diable ! Il faudrait vraiment un miracle pour que la France parvienne un jour à surmonter tout ce qui l’attend.
Cessons les plaisanteries. Si tu fais des projets d’avenir, émigre. Parce que tous les avantages acquis jusqu’à ce jour, à la sueur de nos révolutions et de nos revendications seront partis en fumée. Et pour jouir de leur souvenir, il vaut mieux prendre un peu de distance
Je n’ai jamais été une adoratrice de de Gaulle. Mais il faut lui reconnaître sa remarquable lucidité, vis-à-vis du danger que représentaient les Etats-Unis. Je ne parle pas de leur diplomatie à trois francs six sous destinée à précipiter le monde dans le chaos le plus total. Dans le seul but de se mettre des dollars sous la dent. Non, je fais allusion à leur odieux système libéral.
The « American Dream », ça t’évoque quelque chose ? La terre de l’espoir, où n’importe qui peut devenir riche et célèbre à condition de suer un minimum ? Où chacun voit ses droits et libertés protégés par une Constitution irréprochable ? Où les pauvres sont généreusement aidés par leurs frères riches, à grands renforts d’allocations, d’aides à la recherche d’emploi et d’assistance médicale gratuite ?
Si c’est vraiment ta vision du rêve américain, abandonne un petit moment Pretty Woman, American Pie, la Guerre des Mondes ou les séries TV, et mets-toi au Michael Moore et aux études sociologiques de l’Amérique actuelle. Choc émotionnel garanti.
Revenons à de Gaulle et sa répugnance vis-à-vis de nos amis les hamburgers. On n’aurait pas pu s’entendre, tous les deux. Je suis une indécrottable européiste, lui ne rêvait que d’assurer l’indépendance et le prestige de la France.
On partage cependant une idée : le modèle social américain, c’est (excusez ma grossièreté) de la merde.
Et quand j’entends certains petits rigolos dire que la rupture prônée par Sarko prend un tournant gaulliste, je ris jaune !
Tout le monde s’accorde à dire que le meilleur moyen de sortir la France de la situation actuelle, c’est de copier le modèle d’un voisin. Mais comme nous sommes chauvinistes et désireux de redonner à notre pays une grandeur internationale utopique, nous avons choisi… le modèle américain !
Je suis d’accord, les USA sont une hyperpuissance économique, financière, commerciale, scientifique, technologique, primaire, secondaire, junk-foodique, etc.
Ce sont aussi les détenteurs d’un individualisme sans pitié. Et, sans avoir jamais lu Hobbes, ils reproduisent exactement ce schéma de nature : la guerre de tous contre tous. Si t’es riche, tu vis. Si t’es pauvre, tu disparais.
La France est un petit pays avec des institutions sociales hors pair, une Sécu souffreteuse mais qui nous assure une position top au classement de l'OMS.
Mais la France a un problème majeur : son conservatisme. Et de là, je crois, découlent tous les problèmes de chômage
Certes, pas aussi conservatrice que la Pologne et le droit à l’avortement (désolée Lisanka) ; mais conservatrice quand même. Ou alors très très bornée.
Soyons réalistes, le gouvernement de Sarko ( pardon, de Fillon) n’est pas pire que celui de Chirac. Seulement, Chichi, ses pommes, sa bière, sa femme et ses vaches inspiraient la sympathie ; et son deuxième mandat parfaitement insipide n’a pu connaître une étincelle qu’au moment de son refus d’impliquer la France dans la « war in Iraq » (je passe sous silence les prouesses de Villepin et autres raffarinades).
Nico, lui, avec ses attitudes « bling bling », sa volonté de médiatiser le moindre aspect de sa vie, les divisions au sein de son propre parti, ses préférences marquées pour tel ou tel ministre, du genre « je suis encore en maternelle, je choisis qui joue à la marelle avec moi. Pas toi, tu pues ; pas toi je t’aime pas ; toi, si tu me donnes ton cookies » ; et son amour pour Bush l’ont transformé en petit tyran méprisé en France et en guignol grotesque pour les autres Etats.
Donc, pour une fois, je ne m’attarderai pas sur les réformes plus ou moins aberrantes entreprises depuis mai 2007, et qui sont toutes d’une importance CAPITALE, telles que la fin de la mixité dans le système scolaire (notons que le pouvoir d’achat, la paupérisation, la santé font l’objet de vifs débats, mais l’absence flagrante de REELLES mesures pour redresser la situation laissent à pense qu’il ne faut pas en faire une priorité) ;
Travailler une année de plus pour une retraite complète. Ceci semble choquer beaucoup de nos concitoyens. Il serait peut-être temps de réaliser qu’on meurt plus vieux, qu’on n’a pas assez de jeunôts pour prendre la relève, et que par conséquent, s’abîmer le ciboulot une année supplémentaire, ce n’est pas la mer à boire. Surtout si ça peut sauver la France.
Mais non, les syndicats ne le voient pas de cette manière. Il s’agit d’une année d’oppression supplémentaire, un coup dur porté à la retraite dûment méritée des travailleurs ;
Mais ne désirant pas favoriser le chocolat au détriment de la framboise (je déteste la vanille, d’où mon exemple), il est vrai que ce système de cotisation présente un couac majeur. Pas dans la fonction publique, bien sûr ; La poste, SNCF, etc. Tous les jobs « à vie » ne sont pas concernés.
Non, je parle du problème de l’entreprise privée. En France, au premier cheveu blanc, on a tendance à te mettre à la porte. Pour laisser la place aux jeunes, pour virer un « senior » qui coûte forcément plus cher qu’un poussin, pour s’adapter au monde moderne. Mais en France, si tu n’as pas de poil au menton, tu es aussi laissé de côté. Faut pas pousser mémé dans les orties quand même. Un blanc-bec fraîchement diplômé est incompétent. Ouste, retourne à l’ANPE. Il faudrait donc naître à 30 ans, un bac + 5 dans la bouche et dix ans d’expérience professionnelle dans la poche pour pouvoir être embauché.
et alors tes 41 années de cotisation, tu leur cours derrière en short Tati et non plus Ralph Lauren.
Autre problème qui risque de me caser dans la catégorie « je fraternise avec l’ennemi » : la peur du Français de perdre son job. En Finlande, par exemple, la sécurité de l’emploi n’est pas ce qui importe aux habitants. Non, l’Etat a préféré tout miser sur la sécurité du travailleur. Un peu comme au Royaume-Uni. En gros, le CDI, c’est une idiotie. On doit pouvoir pratiquer une sorte de turn-over, à la condition que tous les nouveaux chômeurs puissent retrouver immédiatement un boulot aussi plaisant que le précédent. Last but not least, ça permet de se changer un peu les idées.
Nan, pas en France. La France, c’est avant tout le pays du travail à vie. Et en un sens, on ne peut pas nous le reprocher. Nous vivons dans les deux excès : travail perpétuel ou chômage perpétuel.

Me suis éloignée de mon idée principale, qui avait pour objet (une fois n’est pas coutume) de critiquer la vision un peu trop américaine des patrons et politiciens arrivistes. Je m’intéresse ici au domaine de la santé.
La Sécu agonise, ça tout le monde le sait. Il faut dire que les prélèvements sociaux, les avantages des cliniques privées, les abus de certains médecins (qui cumulent avantages du privé ET du public, les CMU opportunistes (pas tous hein ?), c’est du grand n’importe quoi.
Pourquoi ? Parce que, de plus en plus, on essaie de gérer l’hôpital public comme s’il s’agissait d’un hôpital privé. Une clinique privée se spécialise dans la chocolatopathie par exemple. Tous les patients atteints de chocolatopathie seront taxés et soignés dans cette clinique, UNIQUEMENT pour cette maladie. Dans le public, une maladie = une taxe. Le problème, c’est que l’hôpital public, lui, ne peut pas sélectionner ses patients. Et du coup, si un malade paie une taxe pour chocolatopathie, et qu’il se trouve être AUSSI atteint de haricotphobie ; et ben, l’hosto n’a pas le choix : il soigne les deux, pour le prix d’un. Un peu comme en fin de marché, quand on se met à brader.
Alors, forcément, le trou de la sécu se creuse de plus en plus.
Et alors ? Et alors ? Et, et Zorro est arrivé, éé… Non pas Zorro, malheureusement, désolée Salvador. Il s’agit plutôt de requins, qui grignotent petit à petit le mot « social » pour faire la place à la couche « assurance privée ». Un peu comme aux States quoi. T’es riche, en bonne santé et sans antécédents pathologiques, on te couvre pour une somme modique. T’es riche, mais atteint du sida, tu dégages. T’es pauvre, tu dégages.

Plutôt que de copier nos voisins autrichiens, premiers au classement européen de sécu sociale, fions-nous plutôt à la performance américaine qui laisse sur le carreau une grande partie de sa population. C’est tellement plus chic d’être américain.
D’ici quelques années, on aura sans doute besoin d’une nouvelle Mère Teresa pour soigner les Français allongés dans la rue, interdits d’accès à l’hôpital. Motifs : maladie + pas d’argent
Sur ce, je vais me coucher. Brossez-vous bien les dents pour ne pas avoir de caries ; ne mangez ni gras ni sucré pour ne pas attraper de diabète ou de cholestérol ; ne sortez pas de chez vous sous peine d’accident. Et vous pourrez continuer à vivre en France
Par anneso unmondepresquerose, Dimanche 25 Mai 2008 à 00:23 GMT+2 dans La politique made in France (article, RSS)




