Ikea Président
1er juillet 2009 : la Suède prend officiellement la présidence de l’Union européenne. Et, après le foin qu’a provoqué le manque de participation aux élections européennes, on prend les mêmes et on recommence : les médias n’ont commenté ce changement qu’aujourd’hui ! Rien dans la presse espagnole, française, finlandaise (finnoise) ou anglaise les autres jours, à part un rapide exposé des priorités suédoises dans Le Monde il y a une semaine.

Et quand je dis aujourd’hui, il fallait encore faire des recherches poussées pour dégoter des graines : un article dans Libé, une « dépêche » dans Le Monde, quelques nouvelles dans le Helsingin Sanomat et dans d’autres petits journaux francophones… Salut… Trente mille news quotidiennes sur l’Iran ou les mésaventures de Mister Alistair, et rien sur l’UE qui regroupe près de 500 millions de personnes et qui nous concerne directement. Heureusement que www.touteleurope.fr est là…
Bilan tchèque et projets suédois
Bilan de la présidence tchèque : à en croire celui publié par la République tchèque elle-même, les résultats sont époustouflants. La réalité semble un peu différente.

On se souvient de la petite farce tchèque en début de mandat, avec l’œuvre d’art représentant le pire de chaque pays de l’Union européenne ; du refus du président de mettre le drapeau de l’UE sur le toit de son château ; de la « passation de pouvoir » à son premier ministre Topolanek, jugé moins « dangereux » que Klaus, car moins euro-bousilleur (mais remplacé en mars par Fischer, pour cause de problèmes gouvernementaux).
Et pour redorer le blason de la République tchèque, ainsi que sa gérance consciencieuse des affaires européennes, il faut ajouter que Klaus a offert aux Suédois un fût de bière tchèque. Elle est pas bonne la bière scandinave ? Ou l’alcool est-il vital pour supporter le poids de l’UE six mois ?

Klaus a tendance à sortir de ses gongs quand on l’attaque sur son européisme mitigé, mais le fait est que, pendant six mois, il a plutôt « travaillé » dans le sens « affaiblissons l’Europe pour que les dirigeants nationaux reprennent le contrôle des institutions supranationales.." Et libéralisons un peu tout ça : on fait trop de social.
Avec comme gros poisson à faire au court-bouillon pour tuer tous les microbes : la crise économique. Avalanche de propositions anti-protectionnistes, allant la plupart du temps dans le sens inverse de celui choisi par la France et l’Allemagne.
Points positifs (parce que tout ne peut pas être noir) : baisse de la TVA pour certains services comme la restauration, gestion plus ou moins réussie du « conflit énergétique » ayant opposé l’Ukraine à la Russie au début de l’année, de même que dans l’offensive israélienne contre la Palestine lancée en janvier ; on peut aussi soulever la mise en place du partenariat oriental (après le partenariat euro-med sous la présidence française) entre l’UE et six pays d’Europe orientale (comme l’Arménie ou l’Azerbaïdjan) ; et quelques avancées dans la baisse des tarifs énergétiques, téléphoniques et la gestion de la grippe du cochon.

On retiendra SURTOUT que Klaus n’a toujours pas signé le traité de Lisbonne, et a annoncé très officiellement que, pour lui, les élections européennes ne servaient à rien du tout. De quoi renforcer la crédibilité du Parlement et de l’UE dans son ensemble.
Que nous promettent nos Vikings ? Crise économique et réchauffement climatique, d’abord.
Le premier ministre suédois Reinfeldt n’échappera pas non plus aux problèmes de l’Iran, de la Corée du Nord, la Russie et le second référendum irlandais sur la ratification du traité de Lisbonne (en principe, les Irlandais y sont favorables…).

Même en mettant de côté mon admiration pour le modèle nordique, il ne fait aucun doute que la Suède saura mieux gérer son semestre que ne l’a fait la République tchèque. Les Suédois ont bien résisté à la crise, même s’ils commencent à être touchés par le chômage. Adoption d’un plan de rigueur qui devrait leur permettre de se remettre sur les rails. Reinfeldt a d’ores et déjà prévenu qu’il serait intransigeant avec les déficits publics des 26 autres pays, déficits qui ont explosé ces derniers temps.
Culture nordique oblige, la Suède s’intéresse de très près à la conférence de Copenhague de décembre à propos de la protection environnementale et de la lutte contre le changement climatique ; conférence qui doit permettre de trouver un remplaçant au protocole de Kyoto qui expire en 2012.
La Suède entend également militer pour l’ouverture des négociations de l’entrée de la Croatie et de l’Islande dans l’UE.
Une petite bataille franco-suédoise n’est pas non plus exclue : la Suède, contrairement à la France, et très favorable à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne ; et sa volonté de vouloir réduire à tout prix les déficits budgétaires par une sévère politique de rigueur entre en contradiction avec l’intelligente nouveauté de Sarko de diminuer notre dette publique en l’augmentant par un nouvel emprun. N'est pas créateur d'Ikea qui veut...
Par anneso unmondepresquerose, Mercredi 1 Juillet 2009 à 11:29 GMT+2 dans Dealing with European matters (article, RSS)




